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« Il existe des banlieues en milieu rural » PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Xavier FRERE   

Echanges de points de vue avec Azouz Begag à Paris.

 

C'est, en substance, le message délivré récemment par les jeunes « espoirs » luxoviens à Azouz Begag, ministre délégué à la Promotion de l'égalité des chances.

Si l'État ne vient pas à toi, il faut aller à lui. C'est cette réflexion qui anime depuis quelques années des jeunes du quartier du Messier à Luxeuil. Alors, pierre par pierre, entre la création il y a une décennie d'une association (l'association des jeunes espoirs luxoviens), et les visites des parlements français et européens, le sens des responsabilités et le sens civique de ces enfants, issus pour la plupart de l'immigration, n'ont cessé de croître.

Ils ont posé leurs jalons vis-à-vis des élus locaux. Convaincu différentes administrations du bien-fondé de leur action « en faveur des jeunes en difficulté, mais aussi de toutes les personnes défavorisées dans leur quartier ». La semaine dernière, leur volonté a été récompensée par l'entremise de Michel Raison, député de la Haute-Saône : en marge d'une nouvelle visite à l'assemblée nationale, une délégation lupéo-luxovienne de 14 personnes, âgées de 13 à 60 ans, s'est entretenue avec Azouz Begag, ministre délégué à la Promotion de l'égalité des chances. Sujet brûlant évidemment, abordé d'abord entre deux portes, puis de façon presque improvisée, « conviviale et à la fois sérieuse entre les deux parties ». Une demi-heure de vidéo a immortalisé cette rencontre qui constitue, d'ores et déjà, d'après Mohamed Benchagra, le directeur du centre de loisirs, « l'événement de l'année 2006 ».


« Punching-ball »

Ils ne s'étaient pas fait une montagne de cette entrevue sous les ors de la République. Elle s'est déroulée hors protocole, devant d'autres caméras (1), sans frilosité. Car l'écrivain, issu de la société civile, leur est apparu « proche des réalités du terrain ». Il n'est « pas élu », souligne le jeune Luxovien, « mais son parcours peut être exemplaire pour nous, il s'appelle Azouz et pas Jean-Marie ! ».

L'esprit « black-blanc-beur » n'habille pas seulement l'équipe de France de football, c'est devenu une surface de réparation où l'on cherche des meneurs de jeu. « Avec lui, on a la possibilité de s'identifier ». Dans leur reportage amateur, mais très bien ficelé, le ministre ne dribble pas ce numéro qu'on lui réclame, n'esquive pas cette position de porte-drapeau : « J'ai accepté d'être le punching-ball pour vous permettre un chemin plus lisse, mieux pavé... »

 
« Les oubliés »

La vraie et la bonne représentativité, enfin ? « C'est ce qui nous manque effectivement », expriment ces jeunes haut-saônois qui n'adhèrent pas à « la discrimination positive », concept qui les renvoie, d'après eux, « à leurs propres origines » et qui « ne se base pas sur la reconnaissance des compétences propres ».

L'égalité des chances, grande cause nationale 2006 du gouvernement, reste-t-elle abstraite ? Aux yeux d'une partie de la délégation, certainement. Alors, Azouz Begag se veut rassurant. Grand frère un peu donneur de leçons, un brin déconneur, qui assure que cette « égalité est d'abord dans la tête » et qu'il croit « en la méritocratie ». Que « les oreilles de la République française ont gardé l'écho des violences urbaines », mais que, « dans 16 mois, le gouvernement aura transformé la France ». Des outils sont en place, à commencer par la Haute autorité de lutte contre les discriminations. Sacerdoce ? Politique politicienne qui (re) prend le dessus ? Dans le bureau ministériel, les Luxoviens ont évoqué en tout cas leurs difficultés au quotidien, eux qui se décrivent comme « des oubliés ». Car, explique Mohamed Benchagra, « on a beau vivre en milieu rural, la problématique est la même que dans les banlieues ». En toile de fond subsiste un éternel grand écart : « Garder nos origines, mais être reconnu en tant que Français à part entière ! ».

Des mots contre les maux. Des gestes aussi ? Le ministre a été invité à découvrir in situ la réalité haut-saônoise. Sera-t-il attendu comme le Messie au Messier ? « On n'est pas dupes », martèle Mohamed Benchagra, « on attend surtout de voir des résultats concrets ».

 

* Un reportage sur Azouz Begag, signé Rachid Arhab, tourné notamment en présence de ces jeunes, doit être prochainement diffusé au 20 h de France 2.

 

Mise à jour le Samedi 10 Janvier 2009 11:29
 
Vendredi 30 Juillet 2010
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